Strapping sportif : Techniques préventives et thérapeutiques en athlétisme
Dans l’univers exigeant de l’athlétisme, où chaque milliseconde compte et où les limites physiques sont constamment repoussées, la prévention des blessures revêt une importance capitale. Parmi les techniques de protection les plus efficaces, le strapping sportif s’est imposé comme un élément incontournable de la préparation athlétique moderne. Cette méthode, consistant à appliquer stratégiquement des bandes adhésives sur certaines zones du corps, offre un soutien biomécanique précieux tout en préservant la performance sportive.
L’art du strapping sportif combine connaissances anatomiques approfondies, expertise technique et compréhension des contraintes spécifiques à chaque discipline athlétique. De la course de fond aux lancers, en passant par les sauts et les sprints, chaque spécialité impose des sollicitations particulières qui nécessitent une approche personnalisée du bandage préventif.

Fondements scientifiques du strapping sportif
Physiologie et biomécanique du bandage adhésif
Le strapping sportif agit selon plusieurs mécanismes physiologiques complexes qui justifient son efficacité dans la prévention des blessures athlétiques. Le principe fondamental repose sur la fourniture d’un soutien mécanique externe qui complète et renforce les structures anatomiques naturelles.
Stabilisation articulaire : Les bandes adhésives créent une contrainte externe qui limite les mouvements excessifs susceptibles de provoquer des traumatismes articulaires. Cette limitation sélective préserve les amplitudes fonctionnelles nécessaires au geste sportif tout en restreignant les déplacements pathologiques.
Proprioception améliorée : L’application de bandes sur la peau stimule les mécanorécepteurs cutanés, améliorant ainsi la perception de la position articulaire dans l’espace. Cette amélioration de la proprioception contribue significativement à la prévention des entorses et des blessures liées à de mauvais positionnements articulaires.
Soutien musculaire : Le strapping sportif peut également offrir un soutien aux groupes musculaires fatigués ou fragilisés, réduisant ainsi le risque de claquages et d’élongations musculaires.
Mécanismes neurophysiologiques
L’efficacité du strapping sportif s’explique également par ses effets sur le système nerveux. La stimulation constante des récepteurs tactiles par les bandes adhésives active les voies nerveuses de gros calibre, pouvant moduler la perception douloureuse selon la théorie du portillon de Melzack et Wall.
Cette stimulation sensorielle continue influence également le contrôle moteur en fournissant un feedback proprioceptif constant, permettant une adaptation plus fine des patterns de mouvement et une meilleure coordination neuromusculaire.
Matériaux et technologies du strapping moderne
Évolution des bandes adhésives
L’industrie du strapping sportif a considérablement évolué ces dernières décennies, proposant aujourd’hui une gamme étendue de matériaux adaptés aux besoins spécifiques de chaque situation.
Bandes rigides traditionnelles : Ces bandes non-élastiques offrent un maintien ferme et une immobilisation relative. Composées généralement de coton avec un adhésif à base d’oxyde de zinc, elles constituent le choix de référence pour la stabilisation articulaire stricte.
Bandes élastiques cohésives : Ces matériaux extensibles permettent un soutien dynamique qui accompagne le mouvement. Leur élasticité contrôlée maintient une compression constante tout en autorisant les amplitudes physiologiques nécessaires au geste sportif.
Tapes kinésiologiques : Ces bandes colorées, développées dans les années 1970, présentent une élasticité longitudinale similaire à celle de la peau humaine. Leur application selon des techniques spécifiques vise à faciliter les mouvements physiologiques tout en inhibant les patterns pathologiques.
Innovations technologiques récentes
Les avancées technologiques ont permis le développement de matériaux « intelligents » intégrant des propriétés thérapeutiques supplémentaires :
Bandes thermo-réactives : Ces matériaux modifient leurs propriétés mécaniques en fonction de la température corporelle, s’adaptant automatiquement à l’intensité de l’effort.
Supports imprégnés d’actifs : Certaines bandes intègrent des composés anti-inflammatoires ou analgésiques qui diffusent progressivement à travers la peau.
Matériaux à mémoire de forme : Ces innovations permettent un retour automatique à la position optimale après déformation, maintenant une efficacité constante tout au long de l’effort.
Techniques de strapping par région anatomique
Strapping sportif de la cheville
La cheville représente l’articulation la plus fréquemment blessée en athlétisme. Le strapping de cette région nécessite une approche méthodique pour assurer stabilité et fonctionnalité.
Technique du panier : Cette méthode classique combine des bandes verticales et horizontales pour créer un réseau de soutien multidirectionnel. Les bandes verticales, appelées « étriers », limitent l’inversion et l’éversion, tandis que les bandes horizontales, ou « spicas », renforcent la stabilité générale.
La réalisation débute par l’application d’une sous-bande protectrice, suivie de l’ancrage proximal au niveau du tiers inférieur de la jambe. Les étriers sont ensuite appliqués de manière alternée, créant un entrecroisement au niveau de la malléole. Les spicas viennent finaliser le montage en renforçant l’ensemble de la construction.
Variations selon les disciplines : Les coureurs de fond privilégient souvent un strapping moins restrictif préservant la flexion plantaire, tandis que les sauteurs optent pour un maintien plus ferme limitant les mouvements latéraux excessifs.
Strapping du genou
Le genou, articulation complexe sollicitée dans toutes les disciplines athlétiques, bénéficie de techniques de strapping sportif spécifiques selon la pathologie à prévenir.
Strapping ligamentaire : Pour prévenir les entorses du ligament croisé antérieur, particulièrement fréquentes dans les sports impliquant des changements de direction, un strapping en « X » est appliqué au niveau de l’interligne articulaire. Cette technique limite l’hyperextension et la rotation excessive du genou.
Soutien rotulien : Les troubles de la rotule, fréquents chez les coureurs, bénéficient d’un strapping spécifique visant à optimiser la cinématique patello-fémorale. L’application de bandes selon des vecteurs précis permet de guider la rotule dans sa course physiologique.
Selon les recommandations de la Société Française de Médecine du Sport, le strapping du genou doit toujours préserver la mobilité fonctionnelle nécessaire au geste sportif spécifique.
Strapping de l’épaule
L’épaule, articulation la plus mobile du corps humain, présente des défis particuliers pour le strapping sportif, notamment dans les disciplines de lancer.
Stabilisation de l’instabilité antérieure : Cette technique vise à limiter les mouvements d’abduction et de rotation externe excessive, principaux mécanismes de luxation antérieure. Un système de brides convergentes vers l’aisselle crée une limitation sélective de ces mouvements dangereux.
Soutien de la coiffe des rotateurs : Pour les athlètes présentant une fragilité des muscles rotateurs, un strapping de soutien peut être appliqué selon les trajets anatomiques de ces muscles, offrant un support biomécanique supplémentaire.
Applications spécifiques par discipline athlétique
Courses de vitesse et de demi-fond
Les sprinteurs et coureurs de demi-fond sollicitent intensément les membres inférieurs, particulièrement les muscles postérieurs de la cuisse et les mollets. Le strapping sportif dans ces disciplines vise principalement à prévenir les accidents musculaires.
Strapping des ischio-jambiers : Cette région, particulièrement vulnérable aux claquages, bénéficie d’un strapping de soutien appliqué selon l’orientation des fibres musculaires. Les bandes, appliquées en légère tension, accompagnent la contraction musculaire tout en limitant l’élongation excessive.
Protection du mollet : Le triceps sural, sollicité à chaque foulée, peut bénéficier d’un strapping préventif, particulièrement chez les athlètes présentant des antécédents de lésions. L’application suit le trajet anatomique du muscle, du talon vers le genou.
Disciplines de saut
Les sauteurs (hauteur, longueur, perche, triple saut) imposent des contraintes exceptionnelles à certaines articulations, nécessitant des techniques de strapping sportif spécifiques.
Strapping du sauteur en hauteur : La jambe d’appel subit des forces considérables lors de l’impulsion. Un strapping global de la cheville et du genou optimise la transmission des forces tout en protégeant les structures articulaires.
Protection du triple sauteur : Cette discipline, particulièrement traumatisante, nécessite souvent un strapping bilatéral des chevilles et genoux, compte tenu de la succession des impacts.
Disciplines de lancer
Les lanceurs (poids, disque, javelot, marteau) sollicitent principalement le complexe articulaire de l’épaule et la chaîne cinétique du tronc.
Strapping de l’épaule du lanceur : Cette région, soumise à des forces de cisaillement importantes, bénéficie d’un strapping complexe associant stabilisation et préservation de la mobilité fonctionnelle nécessaire au geste technique.
Selon l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance, l’adaptation du strapping aux exigences biomécaniques spécifiques de chaque lancer constitue un facteur clé de l’efficacité préventive.
Protocoles d’application et bonnes pratiques
Préparation cutanée
La qualité de l’adhésion constitue un facteur déterminant de l’efficacité du strapping sportif. La préparation cutanée doit être méticuleuse :
Nettoyage : L’élimination des résidus de transpiration, de crèmes ou de produits cosmétiques optimise l’adhérence des bandes.
Dégraissage : L’utilisation d’un produit dégraissant spécifique améliore significativement la tenue du strapping, particulièrement en conditions de forte sudation.
Épilation : Un rasage des zones pileuses, réalisé idéalement 24 heures avant l’application, évite les décollements prématurés et facilite le retrait ultérieur sans douleur excessive.
Techniques d’application
Positionnement articulaire : L’articulation doit être positionnée dans l’angle fonctionnel optimal pendant l’application, généralement en position neutre ou légèrement protégée.
Tension des bandes : La tension appliquée varie selon l’objectif recherché et le type de matériau utilisé. Les bandes rigides nécessitent une tension modérée (10-15% de leur élasticité maximale), tandis que les bandes élastiques peuvent tolérer des tensions plus importantes.
Progression de l’application : Le strapping sportif se construit généralement par couches successives, chaque étape renforçant la précédente pour créer un ensemble cohérent et efficace.
Contrôles et surveillance
Vérification circulatoire : Après application, il convient de vérifier l’absence de compression excessive en contrôlant la coloration cutanée, la température et la sensibilité des extrémités.
Test fonctionnel : La réalisation de mouvements spécifiques à la discipline permet de vérifier que le strapping n’entrave pas la gestuelle technique tout en assurant la protection recherchée.
Surveillance pendant l’effort : L’athlète doit être sensibilisé aux signes d’alarme (douleur, fourmillements, modification de la couleur cutanée) justifiant un arrêt immédiat et une réévaluation du strapping.
Limites et contre-indications du strapping sportif
Limites thérapeutiques
Le strapping sportif, bien qu’efficace, présente certaines limites qu’il convient de connaître pour éviter les faux espoirs et les applications inappropriées.
Pathologies structurelles sévères : Les lésions importantes (ruptures ligamentaires complètes, fractures) nécessitent une prise en charge chirurgicale et ne peuvent être traitées par le seul strapping.
Instabilités chroniques majeures : Bien que le strapping puisse apporter un soutien temporaire, les instabilités articulaires importantes nécessitent souvent une rééducation spécifique ou une correction chirurgicale.
Contre-indications absolues
Certaines situations contre-indiquent formellement l’application d’un strapping sportif :
Troubles circulatoires sévères : L’artériopathie oblitérante, l’insuffisance veineuse décompensée ou les troubles de la coagulation constituent des contre-indications majeures.
Pathologies cutanées : Les dermatoses, plaies ouvertes, infections locales ou hypersensibilité aux adhésifs nécessitent une évaluation médicale préalable.
Pathologies inflammatoires aiguës : Les arthrites septiques, thrombophlébites ou autres processus inflammatoires aigus requièrent un traitement médical spécifique.
Formation et certification des praticiens
Compétences requises
La réalisation d’un strapping sportif efficace et sécurisé nécessite des compétences spécifiques qui dépassent la simple application de bandes adhésives.
Connaissances anatomiques : Une maîtrise approfondie de l’anatomie musculo-squelettique constitue le prérequis indispensable pour adapter le strapping aux structures à protéger.
Compréhension biomécanique : L’analyse du geste sportif et de ses contraintes permet d’orienter le choix de la technique et du matériel les plus appropriés.
Expertise technique : La maîtrise des différentes techniques d’application et la capacité d’adaptation aux situations particulières distinguent le praticien expérimenté du simple applicateur.
Formations disponibles
Plusieurs organismes proposent des formations au strapping sportif en France :
Formations universitaires : Les cursus de kinésithérapie et de médecine du sport intègrent généralement des modules dédiés au strapping.
Formations professionnelles continues : De nombreux organismes proposent des stages spécialisés pour les professionnels de santé et du sport.
Certifications fédérales : Certaines fédérations sportives organisent des formations spécifiques à leur discipline.
La Fédération Française d’Athlétisme recommande que les strappings soient réalisés par des professionnels formés, particulièrement dans le cadre de la compétition de haut niveau.
Innovations et perspectives d’avenir
Technologies émergentes
L’avenir du strapping sportif s’oriente vers une intégration croissante des nouvelles technologies :
Bandes connectées : Des prototypes intégrant des capteurs permettent de monitorer en temps réel les contraintes subies par les structures protégées.
Matériaux bio-sourcés : Le développement de bandes utilisant des matériaux naturels répond aux préoccupations environnementales croissantes.
Personnalisation 3D : L’impression tridimensionnelle pourrait permettre la création de supports parfaitement adaptés à la morphologie individuelle.
Approche préventive intégrée
L’évolution tend vers une approche plus globale où le strapping sportif s’intègre dans un programme de prévention complet incluant :
Analyse biomécanique individuelle : L’étude personnalisée des patterns de mouvement permet d’identifier les zones de fragilité spécifiques.
Rééducation proprioceptive : Le strapping devient un outil transitoire accompagnant la restauration des capacités de contrôle moteur naturelles.
Préparation physique adaptée : L’intégration du strapping dans un programme de renforcement et de prévention optimise son efficacité.
Aspects économiques et réglementaires
Coût et accessibilité
Le strapping sportif représente un investissement modéré en regard de son efficacité préventive. Le coût des matériaux varie selon la qualité et les propriétés spécifiques, mais reste accessible à la plupart des pratiquants.
Analyse coût-bénéfice : Comparé au coût d’une blessure (arrêt sportif, soins, rééducation), l’investissement dans un strapping préventif de qualité s’avère généralement rentable.
Prise en charge : Dans certains cas, la sécurité sociale ou les mutuelles peuvent participer au financement, particulièrement lorsque le strapping est prescrit dans un cadre thérapeutique.
Réglementation antidopage
Le strapping sportif entre dans le cadre de la réglementation antidopage lorsqu’il intègre des substances actives :
Produits autorisés : Les bandes classiques ne posent aucun problème réglementaire.
Vigilance requise : Les supports imprégnés de substances actives doivent faire l’objet d’une vérification de conformité avec la liste des produits interdits de l’Agence Française de Lutte contre le Dopage.
Cas pratiques et études de cas
Retour d’expérience en compétition
L’analyse de cas concrets illustre l’efficacité du strapping sportif dans des situations réelles :
Championnat d’Europe d’athlétisme : L’étude épidémiologique menée lors des derniers championnats européens montre une réduction significative du taux de blessures chez les athlètes utilisant un strapping préventif adapté.
Suivi longitudinal : Le suivi sur une saison complète d’athlètes de niveau national démontre l’intérêt du strapping dans la prévention des récidives de blessures.
Adaptations spécifiques
Chaque discipline nécessite des adaptations particulières du strapping sportif :
Marathon : Les coureurs de fond privilégient des strappings légers, résistants à la sudation et préservant la thermorégulation.
Lancers : Les disciplines de lancer nécessitent des strappings complexes intégrant la protection de multiples articulations dans la chaîne cinétique.
Sauts : Les épreuves de saut imposent des contraintes exceptionnelles nécessitant des strappings renforcés aux points d’impact.
Conclusion
Le strapping sportif représente aujourd’hui un élément incontournable de la préparation athlétique moderne. Cette technique, alliant tradition et innovation, offre aux athlètes un moyen efficace de prévenir les blessures tout en optimisant leurs performances.
L’évolution constante des matériaux et des techniques d’application permet une adaptation toujours plus précise aux besoins spécifiques de chaque discipline et de chaque athlète. Cette personnalisation croissante, associée à une meilleure compréhension des mécanismes d’action, positionne le strapping sportif comme un outil thérapeutique et préventif de choix.
Cependant, il convient de rappeler que le strapping ne constitue qu’un élément d’une stratégie préventive globale. Son efficacité optimale nécessite une intégration réfléchie dans un programme complet incluant préparation physique adaptée, échauffement approprié et suivi médical régulier.
L’avenir du strapping sportif s’annonce prometteur, avec le développement de technologies innovantes qui révolutionneront probablement nos approches actuelles. Entre art traditionnel et science moderne, cette technique continuera d’accompagner les athlètes dans leur quête d’excellence, invisible mais indispensable soutien de leurs performances exceptionnelles.
La maîtrise du strapping sportif représente donc un investissement précieux pour tout professionnel du sport, qu’il soit médecin, kinésithérapeute, préparateur physique ou entraîneur. Cette compétence, associée à une formation continue et une pratique régulière, constitue un atout majeur dans l’accompagnement des athlètes vers leurs objectifs sportifs, dans le respect de leur intégrité physique.


